C'était mon premier week-end en célibataire depuis longtemps.
Je l'attendais avec impatience pour.......ranger.
Ne hurle pas, je sortirai une prochaine fois.
J'avais hâte de m'enfermer dans ma maison et de m'activer.
Hâte de ces premiers jours, où le chauffage rallumé, je profite du soleil à travers les fenêtres, et je reste bien calfeutrée. Quatre mois qu'on vit dehors par ici, alors ça va bien comme ça.
Vendredi soir, je m'invite à manger chez des amis, en préambule à ce week-end en solitaire. Je devrais faire ça plus souvent d'ailleurs. Quand j'étais parisienne, les sorties impromptues se faisaient facilement. Ici, il faut prévoir de s'inviter. Tout le monde était ravi de mon initiative. Et je me suis régalée de mes amis qui m'ont offert un bon vin et un confit de canard, clôturant ainsi de manière fort agréable une semaine de boulot, agitée et dense (travailler avec un collègue certes sympathique, quoique que bourru, mais qui sent très mauvais, de la bouche, du corps, de tout, enfermée dans neuf m² avec lui, pour la préparation d'un gros truc stressant, ça te plombe ta semaine, crois moi....). C'est bon, tu peux reprendre ta respiration.
Pendant ce week-end donc, j'ai enfin pu faire une grosse partie de ce que je mets de côté la plupart du temps.
Deux choses principales même, qui m'obnubilaient.
- réussir à connecter télé + TNT + magnétoscope + DVD, tout en étant capable d'enregistrer. Des mois que ça traînait, que je passais mon temps à débrancher des câbles, en râlant parce que tout mon barda hi fi est dans un meuble, les câbles passent à travers un trou derrière. Niveau déco c'est top, quand la porte est fermé, tu ne vois rien qui te gâche la vue.
En revanche, quand tu veux changer un truc, il faut tout sortir. Et j'ai tout sorti, agrandi le trou et, tout nettoyé (t'as déjà déplacé un meuble après cinq ans, et regardé l'imbroglio de fils électriques derrière ??)
Après quelques moments de découragement intenses (surtout que ce fut le seul jour de l'année où l'électricité fut sans cesse coupée, ce qui est vachement pratique quand tu testes une télé...!) , j'ai enfin réussi à tout connecter et faire que tout fonctionne...ensemble. Et je ne suis pas peu fière. Car j'ai bien failli jeter l'éponge.
J'y ai juste passé tout mon après midi du samedi... - Et j'ai fait mes comptes. Deux mois que je n'avais pas mis le nez sur le site de ma banque. J'additionne mentalement et comme je suis très mauvaise en calcul mental, je me plante tout le temps. Mais va savoir pourquoi, même si à chaque fois que j'ai passé deux heures à tout pointer je me jure que jamais, plus jamais, je ne laisserai passer deux semaines sans faire le décompte, le temps passe et je me retrouve deux mois après, la boule au ventre, à avoir un peu plus de mal à m'endormir le soir, à y penser immédiatement au réveil à me dire que vraiment, là, il faut que j'en ai le cœur net, histoire d'éviter de voir s'afficher "solde insuffisant" lors du prochain passage au distributeur. Faudrait qu'un psy m'explique pourquoi je suis incapable de m'y tenir. Je fini toujours dans le même état d'angoisse, mais ça ne me donne jamais une leçon suffisante. Même quand je me suis retrouvée face à une catastrophe. Et pas qu'une fois.
Et puis j'ai rangé, à fond. Poussière, aspirateur dans les coins où je ne vais pas habituellement. Pas besoin de psy là en revanche pour savoir que ça m'aide à faire aussi le vide dans ma tête. Et même si ça fait très ménagère des années cinquante, et pas très "partage des tâches" (en même temps, je ne vois pas qui en dehors de moi peut s'y coller hein....), j'adore regarder ma maison quand elle rutile et qu'elle sent bon. Je ressens une grande satisfaction. Comme lorsque les piles de linges se forment bien droites, une fois la séance de repassage terminée. Alors si je fais les deux dans la journée, imagine l'état de béatitude ménagère dans lequel je me trouve.....
J'ai fait le tri dans les fringues, des sacs pour le dépôt-vente, d'autres pour le secours populaire. Dieu sait pourquoi, j'ai envie de vider ma maison de tout ce qui n'est pas utile. Envie de place nette. Le critère : sortir tout ce qui n'a pas été utilisé depuis plus d'un an. Faire comme si je déménageais et que je n'emmenais que le nécessaire et le futile indispensable. Peut être parce que justement il faudra bien me résoudre à déménager.....Depuis j'habite dans cette maison, j'y pense. C'est comme un glaive au dessus de la tête. Et pourtant j'adore y habiter. Louée rapidement lors de ma séparation, parce que c'était la seule offre de location dans le même secteur que le papa avait choisi pour acheter de son côté, qu'il fallait coordonner nos déménagements pour éviter de rester dans la grande maison à whatmilleboules, et que nous voulions rester proches pour notre fils, je n'avais pas anticipé deux ans de chômage, les emmerdes de fric qui allaient de pair et un salaire au final inférieur à ce que j'avais eu jusque là. Encore aujourd'hui. Je gagne moins que ce que je gagnais il y a sept ans. ....La province c'est chouette, mais réfléchis bien avant.Depuis, je jongle, en arrivant juste à funambuler sur le fil du rasoir.
Si je sors ma tête d'autruche du sable, je sais que je ne pourrais pas non faire face au loyer encore très longtemps. Pas d'augmentation de
salaire cette année encore et certainement pas non plus l'année prochaine, en revanche le loyer lui a encore pris vingt euros (120 € en cinq ans, c'est pas beau ça ??), les mensualités
d'impôts doublent pour cause de garde alternée déclarée, sans compter le méga rattrapage qu'on me ponctionne jusqu'à Noël, le gaz, la cantine, le centre aéré, l'eau.... tout a
augmenté.
Ça fait un peu liste de doléances tout ça t'as raison....
Mais je m'en fous, c'est pas souvent que ça me prend, et ça me fait du bien de le lâcher.
Trois ans que je veux m'inscrire à un club de sport, trois
ans que je repousse.
Et cette année, ça me reste vraiment en travers de la gorge.
Je t'arrête de suite : ne sors pas les kleenex. J'ai un boulot,
correctement payé même, un toit sur la tête mais.... bien trop de charges pour moi toute seule et c'est très difficile de faire marche arrière. Et puis je sais très bien relativiser. Il suffit que je regarde autour de moi.
Maintenant, Petit Zorro a huit ans. Peut être puis-je commencer à raisonner autrement.
Jusque là, et contre l'avis des copines, qui depuis le début, m'encourageaient à penser à moi d'abord, j'ai donné la priorité à la proximité avec le papa et aux repères que j'avais créés pour lui. La relation avec les voisins, le
jardin, l'école.... Je me disais qu'il n'avait connu que cet endroit depuis ses
trois ans et demi, et que pour pallier à la séparation de ses parents,
il était primordial qu'il y ait une continuité dans l'école et la
maison. Et je suis certaine que j'ai bien fait. Déjà que sous des dehors épanouis, sous un air pétillant et bien dans ses baskets, il se fait des nœuds d'inquiétude dans sa tête, si en plus, le changement avait été plus brutal et son père moins présent, ses casseroles seraient encore plus lourdes à trimballer.
J'aimerais arriver à laisser l'affectif de côté pour être capable de prendre des décisions. Il faudrait que j'arrive à raisonner à froid. Maintenant que mon fils est plus grand, il joue moins dans le jardin, il n'invite plus la voisine de droite à jouer, et ne court plus embrasser les voisins de gauche au retour de l'école, peut être qu'un déménagement est envisageable. Encore faut-il trouver un loyer moins cher....Deux ans que j'ai collé des alertes un peu partout sur internet, quelques visites, mais rien d'encourageant.
J'aimerais bien que les choses s'enclenchent toutes seules. Que je n'ai pas d'effort à faire. Que la solution s'impose. Je ne me sens tellement pas l'énergie pour tout remettre en carton.....Je sais, ça ne se fera pas sans moi. On est pas au cinéma.
Je regarde les amis. Leurs maisons, leurs cuisines aménagées, leurs canapés neufs, leur mobilier, leurs projets de voyages,leurs vacances, leurs activités ....
Je sais que n'aurais jamais ça. Je sais bien que ce n'est pas ça qui fait le bonheur. Je sais bien que sans cette incertitude sur le matériel, je suis sans doute mieux dans ma peau que beaucoup de gens que je connais. Mais ça correspond aussi à une certaine idée du confort que j'espérais, je crois. Les choses que tu acquiers avec le temps et qui font que tu ne vis pas de la même façon à 40 qu'à 25. Pourtant j'ai laissé tombé pas mal d'idées reçues chemin faisant : l'amour avec un grand A, puis l'amour tout court, la réussite sociale, les certitudes. Je crois même être devenue meilleure. Mais il doit subsister encore quelques trucs dans ma tête qui me picotent de temps en temps. Je suppose qu'on n'attache pas la même importance à ce genre de détail chez les autres quand on est plus jeune. Je ne me souviens pas y avoir pensé, comme il m'arrive d'y penser maintenant.
Je ne serais jamais propriétaire de là où j'habite et je ne m'achèterai jamais une voiture neuve, ni même une récente (bon si, là ça vaut le coup, sors les kleenex ....)
Du coup je m'oblige à ne pas me projeter, à ne pas penser à la comment je vivrais dans vingt ans. Si je commence à me demander ce que je pourrais louer avec une petite retraite, je me prépare des idées grises...
Alors, je vis au jour le jour où en tout cas, je ne projette rien à plus de six mois, maximum un an. Pour ne pas avoir envie de baisser les bras et de me laisser aller au grand découragement.
Tu sais ce qui est le plus difficile ? Ce qui m'emmerde le plus ? c'est de ne pas avoir de perspectives. C'est vraiment ça qui me manque. Quelque chose à préparer, à envisager. Au moins une fois dans l'année. C'est d'avoir la quasi certitude que demain sera comme aujourd'hui. Cinq ans que je mène le même train-train. Alors ça, c'est pénible. Si tu ne luttes pas contre, ça peut te mettre à genoux.
Et puis quand je sens que le moral flanche, je me dis que ça pourrait être largement pire. Il suffirait de ne plus avoir de job par exemple. Où un bon gros cancer. Ou même un petit.
J'ai un toit sur la tête, pas de souci de santé et à quarante cinq
balais, c'est déjà pas mal. Et surtout j'ai un fils magnifique, au dedans et au dehors.
Ne crois pas que je sois au bord de mettre la tête dans le four ce soir.
Pas du tout. Je n'ai même pas le cafard.
Non, je ne sais pas si c'est une qualité ou un défaut, : je suis extrêmement lucide, sur moi, sur les autres aussi. Ce qui fait que je n'ai pas un optimisme acharné.
Je me regarde sans m'apitoyer. Sans larmoyer.
Je n'ai pas toujours été si lucide. Et puis un jour, à trente trois ans, alors que d'aucuns choisissent de se faire crucifier, moi j'ai reçu un coup de marteau sur le coin du nez. Et puis après, je n'ai plus jamais vu les choses de la même façon. Depuis, je regarde ce que j'ai en face sans chercher à enjoliver (ni à enlaidir). Autant je peux facilement sauter de joie pour les autres, autant je ne me cogne jamais la tête au plafond pour moi.
Je crois qu'il me faut ça pour ne pas perdre pied. Pour me protéger. C'est peut être pas la meilleure façon de faire, mais je n'en ai pas d'autre en stock.
Et donc, je ne rêve plus.

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